CRITIQUE
NOUVEL OBSERVATEUR
Il ne faut jamais croire les cinéastes sur parole. Au hasard,
Noémie Lvovsky. «Oublie-moi» faisait mine d'exiger
son premier film. Tu parles ! C'était il y a une douzaine d'années
de cela et depuis cette Parisienne qui aura 43 ans le 14 décembre
prochain a fait en sorte de se trouver partout à la fois, de
manière à ce que personne, surtout, ne puisse l'oublier.
Elle a écrit et réalisé quatre autres films, parmi
lesquels «les Sentiments», qui en 2003 a remporté
le très convoité prix Defluc, qui distingue le meilleur
film français de l'année. Voilà qui n'est déjà
pas mal mais, après tout, ce qu'on attend d'une cinéaste
est bien qu'elle réalise quelques films. Cela ne serait donc
rien, ou presque, si Noémie Lvovsky ne s'obstinait à faire
montre par ailleurs d'une activité vibrionnante qui la conduit
sans relâche d'un film qu'elle écrit à un autre
qu'elle interprète. Scénariste (pour Desplechin, Garrel
et quelques autres), elle est aussi actrice chez Emmanuelle Bercot,
Pascal Thomas, Claude Berri, Desplechin, Rochant ou Tonie Marshall.
Différente à chaque fois et toujours la même cependant,
en général à peu près inoubliable, comme
dans «Backstage», où elle était renversante
en femme de confiance d'une vedette de la chanson revenue de tout et
manipulatrice néanmoins.
Et alors qu'est annoncé «Faut que ça danse !»,
son cinquième film, il faut s'attendre à entendre encore
parler d'elle dans quelques semaines, lorsque viendra le tour du deuxième
film de Valeria Bruni Tedeschi, «Actrices», qu'elle a écrit
et dont elle est une des interprètes. Valeria Bruni Tedeschi,
dont elle avait cosigné le scénario du premier film, «Il
est plus facile pour un chameau...», et qui joue dans «Faut
que ça danse !». Sans aller jusqu'à considérer
que Lvovsky et ses copines entendent faire main basse sur le cinéma
français, on conviendra que tout cela fait un peu affaire de
famille, non ?
Ce qui tombe bien, car c'est précisément de cela qu'il
s'agit dans «Faut que ça danse !», où Salomon
Bellinsky (JeanPierre Marielle), sentant l'âge venu et sachant
son épouse (Bulle Ogier) partie... dans un monde qui n'appartiendra
jamais qu'à elle, se met en situation de rencontrer une femme.
Une petite annonce lui offre de rencontrer Sabine Azéma - reconnaissez
qu'il aurait pu plus mal tomber, cela n'arrive en effet qu'au cinéma
-, tandis que sa fille (Valeria Bruni Tedeschi, on la retrouve) se découvre
enceinte, elle à qui les médecins assuraient qu'elle ne
pourrait jamais avoir d'enfant. Voilà, c'est joyeux comme une
chanson de Fred Astaire (l'idole de Salomon), ironique, drôle,
tendre comme un Lubitsch (pas un hasard si ces gens se nomment Bellinsky),
déjanté juste comme il faut, et les acteurs sont renversants.
Surtout c'est du Lvovsky pur jus, et c'est précisément
ce qu'on attendait de «Faut que ça danse !», la comédie
de cette fin d'année 2007.
Le Nouvel Observateur . Article disponible sur : http://artsetspectacles.nouvelobs.com/p2244/a358732.html