INJU, la bête dans l'ombre

De Barbet Schroeder
Avec Benoît Magimel, Lika Minamoto
Thriller, Fr, 2008 – VO
Les Films de l’Elysée
Le film est suivi d’un cocktail

Synopsis : Débarqué au Japon pour la promotion de son nouveau roman, Alex Fayard rencontre une geiko, Tamao, menacée de mort par un ancien amant. En acceptant de l'aider, il se retrouve face à Shundei Oe, l'auteur de livres policiers dont il est le spécialiste français. Dès lors, il plonge dans un monde de mystère et de perversité, sur les traces d'un homme assoiffé de vengeance.

 

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Bande-annonce :

Extrait du film :

 

Que veut dire INJU en japonais ?

Comme le YING et le YANG ces deux caractères IN-JU ont un sens double et opposé.
INJU peut signifier: la bête tapie dans l’ombre qui attend de bondir sur sa proie.
Mais INJU peut aussi signifier: la bête endormie à l’intérieur de soi qui attend de se réveiller.

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ENTRETIEN BARBET SCHROEDER


Alex Fayard/Benoît Magimel
Alex Fayard est très marqué par l’oeuvre et le succès de Shundei Oe. Ce n’est pas un universitaire. Il est si fasciné qu’il commence par écrire des livres à la manière de Shundei Oe, mais il dénature l’original, et le rend plus mièvre pour atteindre la reconnaissance internationale. C’est donc un peu un usurpateur qui débarque au Japon, aveuglé par son assurance d’écrivain et son arrogance d’Occidental. Mais c’est aussi un innocent prêt à être troublé. Ou un innocent aux mains pleines, comme on voudra. Peut-être qu’il recherche inconsciemment une forme de punition en se déclarant prêt à aller à la rencontre des fantômes. Pour incarner ce personnage – qui se précipite tête la première dans une histoire qui dépasse les fictions qu’il invente –, je tenais absolument à Benoît Magimel. Je l’avais découvert comme beaucoup dans La Pianiste. Il est maintenant dans sa pleine maturité de comédien et je savais qu’il apporterait beaucoup de chaleur et de vérité à ce rôle difficile d’un “innocent” arrogant, rongé par une culpabilité secrète. Inju est un film-puzzle qui contient de nombreuses ébauches ludiques de mise en abîme. J’avais donc besoin d’un comédien au jeu particulièrement fin et subtil.

Un film sur le cinéma
Inju est aussi un film sur le cinéma, une réflexion sur la fascination que provoque le cinéma. Et en particulier le cinéma dit “de genre”. Par exemple, j’ai pris beaucoup de plaisir à filmer mon propre “film de sabre” (genre chambara) en ouverture d’Inju et à multiplier les hommages au “film noir”. Pour que ce plaisir soit aussi celui du spectateur, il fallait que le film devienne un pur objet de contemplation, une surface lisse et réfléchissante. C’est pour ça que j’ai tenu à tourner en “super-35 mm”, à la recherche des secrets perdus d’un certain cinéma, pour conférer au film – avec l’aide de Luciano Tovoli – une beauté dans laquelle on puisse se perdre, une splendeur de labyrinthe. D’autant que les rêves et les cauchemars d’Alex sont une pièce essentielle du dispositif dramatique du film. Ils sont soigneusement et stratégiquement répartis dans le récit pour faire sentir la culpabilité et les angoisses d’Alex, seules excuses à sa naïveté. Il fallait donc que le film ait la beauté fluide d’un rêve. Les rêves dans le film ne se donnent jamais tout de suite comme tels. Ils annoncent le dernier tiers du
film, quand Alex perd peu à peu contact avec la réalité. Du coup, il s’aveugle tragiquement sur la nature des relations de Tamao et Mogi.

Naissance du projet
Il y a cinq ans, Raoul Ruiz m’a offert Inju de Edogawa Ranpo. Il pensait que c’était un sujet pour moi. J’ai trouvé le roman effectivement fascinant mais cette histoire de rivalité entre écrivains japonais m’avait semblé trop difficile à adapter. C’était impossible. Quelques années plus tard, je reçois par la Poste un scénario, intitulé également Inju, écrit par Jean-Armand Bougrelle – qui vivait au Japon. Lui aussi était convaincu que je pourrais en faire quelque chose et c’est en lisant son adaptation que j’ai été définitivement séduit par cette histoire. Bougrelle avait eu l’idée décisive que l’un des deux romanciers rivaux soit un étranger, un français spécialiste de l’oeuvre de Shundei Oe, un avatar de Ranpo lui-même. Du coup, tout devenait beaucoup plus fort d’un point de vue dramatique. L’écrivain étranger qui vient sur le territoire de son idole pour le provoquer et le narguer : je tenais là un thème vraiment intéressant pour moi.

Qui est Edogawa Ranpo ?
Le roman est de Edogawa Ranpo. L’homme qui a servi de modèle au personnage de Shundei Oe. C’est un auteur extrêmement populaire au Japon. Tout le monde le connaît, absolument tout le monde. Adoré du grand public, très respecté et en même temps terriblement méchant... Dans notre civilisation occidentale, il est impensable qu’un écrivain malfaisant et sans aucun remords soit autant adulé. C’était une première différence culturelle qui m’a bien plu... Et puis Inju est une histoire de manipulation et de séduction, un roman où la sexualité perverse est très bien développée, très bien traitée. Il s’en dégage une atmosphère de mystère et le livre contenait déjà des images mentales très fortes.

Geisha et geiko
Le personnage de la geisha n’était pas dans l'histoire initiale. Il a été rajouté. Le sujet m'a semblé aussi intéressant qu’épineux : les Japonais détestent la représentation que l’Occident fait des geishas. Le mot est d’ailleurs impropre. Parler d’une geisha et non d’une geiko, c’est comme dire “toréador” au lieu de “toréro”. C’est une “japonaiserie”. Ils ne tolèrent pas le malentendu qui consiste à réduire ces femmes à de vulgaires courtisanes. Et Hollywood les a totalement scandalisés et traumatisés en confiant le rôle d'une geisha à une actrice chinoise ! C’est pourquoi j’ai tenu tout particulièrement à ce que le personnage de Tamao soit très soigné. Je tenais à ce que le film soit totalement exact, jusqu’au moindre détail. J’ai donné tout pouvoir sur le plateau à l’une des trois geishas dépositaires de la tradition du célèbre quartier de Gion afin que le moindre détail, le moindre geste soit absolument vrai. Je l’appelais affectueusement ma “Police Culturelle” ! Elle a entraîné l'actrice pendant des mois comme si elle était une véritable apprentie geisha. C'était un travail très méticuleux et d’une maniaquerie un peu aberrante puisque, au fond, seuls les quelques milliers de japonais qui connaissent vraiment ce monde complètement secret et en voie de disparition pourraient confirmer l’exactitude de sa représentation. Il ne reste que quelques centaines de geikos dans le quartier de Gion – à Kyoto. Passer une soirée avec l’une d’elles coûte entre cinq et dix mille dollars. J’ai eu l’occasion de discuter avec des geishas et elles m’ont rappelé dans leur joie de l’instant présent les moines bouddhistes que j’ai rencontrés autrefois. Elles m’ont laissé une impression de vraie simplicité, d’intelligence et de légèreté. Au Japon, ce sont des monuments historiques vivants. Elles sont l’ultime incarnation d’une tradition, d’une culture, d’une forme supérieure d'art de vivre. Elles perpétuent l’art de la conversation la plus subtile : une manière légère de dire des choses très profondes. Comme le dit le personnage d’Awase à la fin du film : “C’est beaucoup plus profond que le sexe”. Une geiko, c’est un musée vivant, certainement pas une pute !

Tourner à la Japonaise
Une autre singularité fut de travailler quotidiennement avec des interprètes et des techniciens japonais. À l’exception de Luciano Tovoli à l’image, de Jean-Paul Mugel au son, et du premier assistant Olivier Jacquet, tout le monde était japonais. Comme pour la vraisemblance du monde des geishas, je voulais que toute la décoration soit faite de l'intérieur, par des spécialistes japonais et non par des chefs-déco venus de l’étranger, malgré des habitudes de travail très différentes. C’était un exercice presque impossible mais j’ai tenu à ce que presque toute l’équipe, une centaine de personnes, soit japonaise. Ce qui implique un dédale de complications. Je tenais à me plier au savoir-vivre japonais, fondé sur le respect absolu de l’Autre. Par exemple, pour tourner dans une rue, il fallait demander l’autorisation écrite à tous ses habitants. Et comme personne n’osera vous refuser, par respect de l’Autre, ça peut durer très longtemps et vous rendre fou... Nous sommes donc tous devenus fous, nous nous sommes énervés contre les interprètes qui étaient coincés entre les deux côtés, mais nous avons tenu bon. De la même façon, il fallait donner à l’équipe une explication convaincante du moindre parti pris esthétique, du moindre détail. Il faut redire chaque chose, l’expliquer et répéter encore. Ces préparatifs infinis étaient à la limite de l’impossible ou de la folie furieuse mais au moment du tournage, tout était soudain réglé comme du papier à musique. C’était comme régler une mécanique de précision pour atteindre une efficacité parfaite. Pour moi, l’expérience était inédite et ce fut très excitant. J’adore relever ce genre de défi. J’ai passé un an au Japon pour ce film. Neuf mois de préparation et trois mois d’un tournage intense. Ce fut une expérience inoubliable. Le film sortira au Japon. Et ma plus grande joie serait qu’il marche là-bas ! En tout cas, j’aurai tout fait pour que rien ne puisse choquer le spectateur nippon.

Une Japonaise de Paris
Le défi était aussi de travailler sans co-production japonaise car je ne voulais pas qu’on m’impose une actrice “star” au Japon. Je n’avais pas du tout envie de faire un film post-synchronisé et une actrice japonaise n’aurait pas pu apprendre le français. Il fallait donc que l’interprète de Tamao parle français. J’ai donc fait un casting à Paris et j’ai trouvé Lika Minamoto. Elle parlait déjà bien français mais elle
a dû travailler d’arrache-pied pour perdre son fort accent japonais. Elle avait suivi des cours dans la branche japonaise de l’Actor’s studio. J’ai pu travailler avec elle dans une osmose aussi merveilleuse qu’avec Magimel. Pour le casting japonais, j’ai procédé de manière traditionnelle en visionnant des bouts de films sans connaître le niveau de notoriété des comédiens. J’avais l’impression de faire des découvertes foudroyantes et c’est seulement après coup qu’on me révélait que Ryo Ishibashi, Shun Sugata ou Kazuhiko Nishimura étaient très connus au Japon.

Tokyo/Kyoto
Il est littéralement impossible d’obtenir l’autorisation de tourner à Kyoto. Et tourner à Gion – ne serait-ce que le plan de fin du générique – fut une épreuve de force. Ce plan est une prouesse. Personne ne peut tourner à Gion, c’est totalement impossible, et je préfère ne pas en dire plus... À l’exception de quelques plans volés, le tournage a eu lieu principalement à Tokyo, en choisissant soigneusement des lieux qui pouvaient passer pour Kyoto. Et même les rôles secondaires parlaient avec l’accent de Kyoto... Mais à Tokyo aussi, tout était extrêmement lent et compliqué. Par exemple, nous n’avions pas le droit de tourner dans des jardins publics. Il s’agissait de ne pas déranger les gens. C’est finalement la ville de Kanasawa qui nous a donné une autorisation exceptionnelle mais le tournage fut cauchemardesque. Mais pas question de demander aux promeneurs de faire silence ou de se déplacer en fonction du tournage ! Il s’agissait de devenir presque invisibles, de se fondre dans le décor et de se faire remarquer le moins possible. J’ai d’abord aimé Kyoto, ma découverte de Tokyo a été plus tardive. C’est une ville si riche, si diverse, si changeante – et où il est si difficile de tourner ! – qu’elle reste comme neuve pour le cinéma, comme vierge de tout regard, malgré les innombrables films qui y ont été tournés, souvent en studio.


Un film = un prototype

Je n’essaie pas de faire des films d'auteur. Je veux que chaque film soit complètement différent, une exploration, une découverte. J’essaie de ne pas être dans la pose auteuriste et de confectionner un prototype à chaque film. Je souhaite oublier la notion même d'auteur pour me consacrer à chaque fois à une histoire singulière. Et si je me retrouve à chaque fois avec des histoires de personnages victimes de leurs passions obsessionnelles et autodestructrices, j’essaie surtout de l’oublier !

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Filmographie de Barbet Schoreder en tant que réalisateur :

1969 - MORE avec Mimsy Farmer et Klaus Grunberg (Cannes )
1972 - LA VALLÈE avec Bulle Ogier et Jean-Pierre Kalfon (Venise )
1974 - GÈNÈRAL IDI AMIN DADA (documentaire) (Cannes )
1975 - MAÎTRESSE avec Bulle Ogier et Gérard Depardieu
1977 - KOKO, LE GORILLE QUI PARLE (documentaire) (Cannes )
1982 - CHARLES BUKOWSKI (documentaire, 50 vidéos de 4 minutes)
1984 - TRICHEURS avec Bulle Ogier et Jacques Dutronc
1987 - BARFLY avec Mickey Rourke et Faye Dunaway (Cannes)
1990 - LE MYSTÈRE VON BÜLOW avec Glenn Close, Ron Silver et Jeremy Irons (Oscar meilleur acteur)
1992 - JF. PARTAGERAIT APPARTEMENT avec Bridget Fonda et Jennifer Jason Leigh
1994 - KISS OF DEATH avec David Caruso, Nicolas Cage et Samuel L. Jackson (Cannes)
1995 - BEFORE AND AFTER avec Meryl Streep et Liam Neeson
1997 - DESPERATE MESURES avec Andy Garcia et Michael Keaton
2000 - LA VIERGE DES TUEURS, film Colombien avec German Jaramillo (Venise)
2002 - CALCULS MEURTRIERS avec Sandra Bullock, Ryan Gosling et Michael Pitt (Cannes)
2007 - L’AVOCAT DE LA TERREUR (documentaire) (Cannes+César)
2008 - INJU avec Benoît Magimel (Venise)

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Filmographie de Benoît Magimel :

2007
- INJU LA BÊTE DANS L’OMBRE Barbet SCHROEDER
- LA POSSIBILITÉ D’UNE ÎLE Michel HOUELLEBECQ
2006
- 24 MESURES Jalil LESPERT
- LA FILLE COUPÉE EN DEUX Claude CHABROL
- L’ENNEMI INTIME Florent Emilio SIRI
2005
- TRUANDS Frédéric SCHOENDOERFFER
- FAIR PLAY Lionel BAILLIU
- SELON CHARLIE Nicole GARCIA
2004
- LES CHEVALIERS DU CIEL Gérard PIRES
- LA DEMOISELLE D’HONNEUR Claude CHABROL
2003
- TROUBLES Harry CLEVEN
- LES RIVIÈRES POURPRES 2 Olivier DAHAN "Les Anges de l'Apocalypse"
- EFFROYABLES JARDINS Jean BECKER
- LA FLEUR DU MAL Claude CHABROL
2001
- NID DE GUÊPES Florent Emilio SIRI
2000
- LA PIANISTE Michaël HANEKE
Prix d'Interprétation Masculine au 54ème Festival International du Film de Cannes
Grand Prix du Jury au 54ème Festival International du Film de Cannes
- LE ROI DANSE Gérard CORBIAU 2000LA PIANISTE Michaël HANEKE
1999
- SELON MATTHIEU Xavier BEAUVOIS
- LISA Pierre GRIMBLAT
1998
- LES ENFANTS DU SIÈCLE Diane KURYS
1997
- UNE MINUTE DE SILENCE Florent Emilio SIRI
Prix Cyril Collard 1999
- DÉJÀ MORT Olivier DAHAN
1995
- LA FILLE SEULE Benoit JACQUOT
- LES VOLEURS André TÉCHINÉ
Prix Michel Simon au Festival Les Acteurs à L'Écran 1997
Nomination aux Césars du Meilleur Espoir Masculin 1997
1994
- LA HAINE Mathieu KASSOVITZ
1992
- LE CAHIER VOLÉ Christine LIPINSKA
1991
- TOUTES PEINES CONFONDUES Michel DEVILLE
- LES ANNÉES CAMPAGNE Philippe LERICHE
1988
- PAPA EST PARTI... MAMAN AUSSI Christine LIPINSKA
1987 LA VIE EST UN LONG FLEUVE TRANQUILLE Etienne CHATILIEZ