Que veut dire INJU en japonais ?
Comme le YING et le YANG ces deux caractères IN-JU ont un sens
double et opposé.
INJU peut signifier: la bête tapie dans l’ombre qui attend
de bondir sur sa proie.
Mais INJU peut aussi signifier: la bête endormie à l’intérieur
de soi qui attend de se réveiller.
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ENTRETIEN BARBET SCHROEDER
Alex Fayard/Benoît Magimel
Alex Fayard est très marqué par l’oeuvre et le succès
de Shundei Oe. Ce n’est pas un universitaire. Il est si fasciné
qu’il commence par écrire des livres à la manière
de Shundei Oe, mais il dénature l’original, et le rend
plus mièvre pour atteindre la reconnaissance internationale.
C’est donc un peu un usurpateur qui débarque au Japon,
aveuglé par son assurance d’écrivain et son arrogance
d’Occidental. Mais c’est aussi un innocent prêt à
être troublé. Ou un innocent aux mains pleines, comme on
voudra. Peut-être qu’il recherche inconsciemment une forme
de punition en se déclarant prêt à aller à
la rencontre des fantômes. Pour incarner ce personnage –
qui se précipite tête la première dans une histoire
qui dépasse les fictions qu’il invente –, je tenais
absolument à Benoît Magimel. Je l’avais découvert
comme beaucoup dans La Pianiste. Il est maintenant dans sa pleine maturité
de comédien et je savais qu’il apporterait beaucoup de
chaleur et de vérité à ce rôle difficile
d’un “innocent” arrogant, rongé par une culpabilité
secrète. Inju est un film-puzzle qui contient de nombreuses ébauches
ludiques de mise en abîme. J’avais donc besoin d’un
comédien au jeu particulièrement fin et subtil.
Un film sur le cinéma
Inju est aussi un film sur le cinéma, une réflexion sur
la fascination que provoque le cinéma. Et en particulier le cinéma
dit “de genre”. Par exemple, j’ai pris beaucoup de
plaisir à filmer mon propre “film de sabre” (genre
chambara) en ouverture d’Inju et à multiplier les hommages
au “film noir”. Pour que ce plaisir soit aussi celui du
spectateur, il fallait que le film devienne un pur objet de contemplation,
une surface lisse et réfléchissante. C’est pour
ça que j’ai tenu à tourner en “super-35 mm”,
à la recherche des secrets perdus d’un certain cinéma,
pour conférer au film – avec l’aide de Luciano Tovoli
– une beauté dans laquelle on puisse se perdre, une splendeur
de labyrinthe. D’autant que les rêves et les cauchemars
d’Alex sont une pièce essentielle du dispositif dramatique
du film. Ils sont soigneusement et stratégiquement répartis
dans le récit pour faire sentir la culpabilité et les
angoisses d’Alex, seules excuses à sa naïveté.
Il fallait donc que le film ait la beauté fluide d’un rêve.
Les rêves dans le film ne se donnent jamais tout de suite comme
tels. Ils annoncent le dernier tiers du
film, quand Alex perd peu à peu contact avec la réalité.
Du coup, il s’aveugle tragiquement sur la nature des relations
de Tamao et Mogi.
Naissance du projet
Il y a cinq ans, Raoul Ruiz m’a offert Inju de Edogawa Ranpo.
Il pensait que c’était un sujet pour moi. J’ai trouvé
le roman effectivement fascinant mais cette histoire de rivalité
entre écrivains japonais m’avait semblé trop difficile
à adapter. C’était impossible. Quelques années
plus tard, je reçois par la Poste un scénario, intitulé
également Inju, écrit par Jean-Armand Bougrelle –
qui vivait au Japon. Lui aussi était convaincu que je pourrais
en faire quelque chose et c’est en lisant son adaptation que j’ai
été définitivement séduit par cette histoire.
Bougrelle avait eu l’idée décisive que l’un
des deux romanciers rivaux soit un étranger, un français
spécialiste de l’oeuvre de Shundei Oe, un avatar de Ranpo
lui-même. Du coup, tout devenait beaucoup plus fort d’un
point de vue dramatique. L’écrivain étranger qui
vient sur le territoire de son idole pour le provoquer et le narguer
: je tenais là un thème vraiment intéressant pour
moi.
Qui est Edogawa Ranpo ?
Le roman est de Edogawa Ranpo. L’homme qui a servi de modèle
au personnage de Shundei Oe. C’est un auteur extrêmement
populaire au Japon. Tout le monde le connaît, absolument tout
le monde. Adoré du grand public, très respecté
et en même temps terriblement méchant... Dans notre civilisation
occidentale, il est impensable qu’un écrivain malfaisant
et sans aucun remords soit autant adulé. C’était
une première différence culturelle qui m’a bien
plu... Et puis Inju est une histoire de manipulation et de séduction,
un roman où la sexualité perverse est très bien
développée, très bien traitée. Il s’en
dégage une atmosphère de mystère et le livre contenait
déjà des images mentales très fortes.
Geisha et geiko
Le personnage de la geisha n’était pas dans l'histoire
initiale. Il a été rajouté. Le sujet m'a semblé
aussi intéressant qu’épineux : les Japonais détestent
la représentation que l’Occident fait des geishas. Le mot
est d’ailleurs impropre. Parler d’une geisha et non d’une
geiko, c’est comme dire “toréador” au lieu
de “toréro”. C’est une “japonaiserie”.
Ils ne tolèrent pas le malentendu qui consiste à réduire
ces femmes à de vulgaires courtisanes. Et Hollywood les a totalement
scandalisés et traumatisés en confiant le rôle d'une
geisha à une actrice chinoise ! C’est pourquoi j’ai
tenu tout particulièrement à ce que le personnage de Tamao
soit très soigné. Je tenais à ce que le film soit
totalement exact, jusqu’au moindre détail. J’ai donné
tout pouvoir sur le plateau à l’une des trois geishas dépositaires
de la tradition du célèbre quartier de Gion afin que le
moindre détail, le moindre geste soit absolument vrai. Je l’appelais
affectueusement ma “Police Culturelle” ! Elle a entraîné
l'actrice pendant des mois comme si elle était une véritable
apprentie geisha. C'était un travail très méticuleux
et d’une maniaquerie un peu aberrante puisque, au fond, seuls
les quelques milliers de japonais qui connaissent vraiment ce monde
complètement secret et en voie de disparition pourraient confirmer
l’exactitude de sa représentation. Il ne reste que quelques
centaines de geikos dans le quartier de Gion – à Kyoto.
Passer une soirée avec l’une d’elles coûte
entre cinq et dix mille dollars. J’ai eu l’occasion de discuter
avec des geishas et elles m’ont rappelé dans leur joie
de l’instant présent les moines bouddhistes que j’ai
rencontrés autrefois. Elles m’ont laissé une impression
de vraie simplicité, d’intelligence et de légèreté.
Au Japon, ce sont des monuments historiques vivants. Elles sont l’ultime
incarnation d’une tradition, d’une culture, d’une
forme supérieure d'art de vivre. Elles perpétuent l’art
de la conversation la plus subtile : une manière légère
de dire des choses très profondes. Comme le dit le personnage
d’Awase à la fin du film : “C’est beaucoup
plus profond que le sexe”. Une geiko, c’est un musée
vivant, certainement pas une pute !
Tourner à la Japonaise
Une autre singularité fut de travailler quotidiennement avec
des interprètes et des techniciens japonais. À l’exception
de Luciano Tovoli à l’image, de Jean-Paul Mugel au son,
et du premier assistant Olivier Jacquet, tout le monde était
japonais. Comme pour la vraisemblance du monde des geishas, je voulais
que toute la décoration soit faite de l'intérieur, par
des spécialistes japonais et non par des chefs-déco venus
de l’étranger, malgré des habitudes de travail très
différentes. C’était un exercice presque impossible
mais j’ai tenu à ce que presque toute l’équipe,
une centaine de personnes, soit japonaise. Ce qui implique un dédale
de complications. Je tenais à me plier au savoir-vivre japonais,
fondé sur le respect absolu de l’Autre. Par exemple, pour
tourner dans une rue, il fallait demander l’autorisation écrite
à tous ses habitants. Et comme personne n’osera vous refuser,
par respect de l’Autre, ça peut durer très longtemps
et vous rendre fou... Nous sommes donc tous devenus fous, nous nous
sommes énervés contre les interprètes qui étaient
coincés entre les deux côtés, mais nous avons tenu
bon. De la même façon, il fallait donner à l’équipe
une explication convaincante du moindre parti pris esthétique,
du moindre détail. Il faut redire chaque chose, l’expliquer
et répéter encore. Ces préparatifs infinis étaient
à la limite de l’impossible ou de la folie furieuse mais
au moment du tournage, tout était soudain réglé
comme du papier à musique. C’était comme régler
une mécanique de précision pour atteindre une efficacité
parfaite. Pour moi, l’expérience était inédite
et ce fut très excitant. J’adore relever ce genre de défi.
J’ai passé un an au Japon pour ce film. Neuf mois de préparation
et trois mois d’un tournage intense. Ce fut une expérience
inoubliable. Le film sortira au Japon. Et ma plus grande joie serait
qu’il marche là-bas ! En tout cas, j’aurai tout fait
pour que rien ne puisse choquer le spectateur nippon.
Une Japonaise de Paris
Le défi était aussi de travailler sans co-production japonaise
car je ne voulais pas qu’on m’impose une actrice “star”
au Japon. Je n’avais pas du tout envie de faire un film post-synchronisé
et une actrice japonaise n’aurait pas pu apprendre le français.
Il fallait donc que l’interprète de Tamao parle français.
J’ai donc fait un casting à Paris et j’ai trouvé
Lika Minamoto. Elle parlait déjà bien français
mais elle
a dû travailler d’arrache-pied pour perdre son fort accent
japonais. Elle avait suivi des cours dans la branche japonaise de l’Actor’s
studio. J’ai pu travailler avec elle dans une osmose aussi merveilleuse
qu’avec Magimel. Pour le casting japonais, j’ai procédé
de manière traditionnelle en visionnant des bouts de films sans
connaître le niveau de notoriété des comédiens.
J’avais l’impression de faire des découvertes foudroyantes
et c’est seulement après coup qu’on me révélait
que Ryo Ishibashi, Shun Sugata ou Kazuhiko Nishimura étaient
très connus au Japon.
Tokyo/Kyoto
Il est littéralement impossible d’obtenir l’autorisation
de tourner à Kyoto. Et tourner à Gion – ne serait-ce
que le plan de fin du générique – fut une épreuve
de force. Ce plan est une prouesse. Personne ne peut tourner à
Gion, c’est totalement impossible, et je préfère
ne pas en dire plus... À l’exception de quelques plans
volés, le tournage a eu lieu principalement à Tokyo, en
choisissant soigneusement des lieux qui pouvaient passer pour Kyoto.
Et même les rôles secondaires parlaient avec l’accent
de Kyoto... Mais à Tokyo aussi, tout était extrêmement
lent et compliqué. Par exemple, nous n’avions pas le droit
de tourner dans des jardins publics. Il s’agissait de ne pas déranger
les gens. C’est finalement la ville de Kanasawa qui nous a donné
une autorisation exceptionnelle mais le tournage fut cauchemardesque.
Mais pas question de demander aux promeneurs de faire silence ou de
se déplacer en fonction du tournage ! Il s’agissait de
devenir presque invisibles, de se fondre dans le décor et de
se faire remarquer le moins possible. J’ai d’abord aimé
Kyoto, ma découverte de Tokyo a été plus tardive.
C’est une ville si riche, si diverse, si changeante – et
où il est si difficile de tourner ! – qu’elle reste
comme neuve pour le cinéma, comme vierge de tout regard, malgré
les innombrables films qui y ont été tournés, souvent
en studio.
Un film = un prototype
Je n’essaie pas de faire des films d'auteur. Je veux que chaque
film soit complètement différent, une exploration, une
découverte. J’essaie de ne pas être dans la pose
auteuriste et de confectionner un prototype à chaque film. Je
souhaite oublier la notion même d'auteur pour me consacrer à
chaque fois à une histoire singulière. Et si je me retrouve
à chaque fois avec des histoires de personnages victimes de leurs
passions obsessionnelles et autodestructrices, j’essaie surtout
de l’oublier !
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Filmographie de Barbet Schoreder en tant que
réalisateur :
1969 - MORE avec Mimsy Farmer et Klaus Grunberg (Cannes )
1972 - LA VALLÈE avec Bulle Ogier et Jean-Pierre Kalfon (Venise
)
1974 - GÈNÈRAL IDI AMIN DADA (documentaire) (Cannes )
1975 - MAÎTRESSE avec Bulle Ogier et Gérard Depardieu
1977 - KOKO, LE GORILLE QUI PARLE (documentaire) (Cannes )
1982 - CHARLES BUKOWSKI (documentaire, 50 vidéos de 4 minutes)
1984 - TRICHEURS avec Bulle Ogier et Jacques Dutronc
1987 - BARFLY avec Mickey Rourke et Faye Dunaway (Cannes)
1990 - LE MYSTÈRE VON BÜLOW avec Glenn Close, Ron Silver
et Jeremy Irons (Oscar meilleur acteur)
1992 - JF. PARTAGERAIT APPARTEMENT avec Bridget Fonda et Jennifer Jason
Leigh
1994 - KISS OF DEATH avec David Caruso, Nicolas Cage et Samuel L. Jackson
(Cannes)
1995 - BEFORE AND AFTER avec Meryl Streep et Liam Neeson
1997 - DESPERATE MESURES avec Andy Garcia et Michael Keaton
2000 - LA VIERGE DES TUEURS, film Colombien avec German Jaramillo (Venise)
2002 - CALCULS MEURTRIERS avec Sandra Bullock, Ryan Gosling et Michael
Pitt (Cannes)
2007 - L’AVOCAT DE LA TERREUR (documentaire) (Cannes+César)
2008 - INJU avec Benoît Magimel (Venise)
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Filmographie de Benoît Magimel :
2007
- INJU LA BÊTE DANS L’OMBRE Barbet SCHROEDER
- LA POSSIBILITÉ D’UNE ÎLE Michel HOUELLEBECQ
2006
- 24 MESURES Jalil LESPERT
- LA FILLE COUPÉE EN DEUX Claude CHABROL
- L’ENNEMI INTIME Florent Emilio SIRI
2005
- TRUANDS Frédéric SCHOENDOERFFER
- FAIR PLAY Lionel BAILLIU
- SELON CHARLIE Nicole GARCIA
2004
- LES CHEVALIERS DU CIEL Gérard PIRES
- LA DEMOISELLE D’HONNEUR Claude CHABROL
2003
- TROUBLES Harry CLEVEN
- LES RIVIÈRES POURPRES 2 Olivier DAHAN "Les Anges de l'Apocalypse"
- EFFROYABLES JARDINS Jean BECKER
- LA FLEUR DU MAL Claude CHABROL
2001
- NID DE GUÊPES Florent Emilio SIRI
2000
- LA PIANISTE Michaël HANEKE
Prix d'Interprétation Masculine au 54ème Festival International
du Film de Cannes
Grand Prix du Jury au 54ème Festival International du Film de
Cannes
- LE ROI DANSE Gérard CORBIAU 2000LA PIANISTE Michaël HANEKE
1999
- SELON MATTHIEU Xavier BEAUVOIS
- LISA Pierre GRIMBLAT
1998
- LES ENFANTS DU SIÈCLE Diane KURYS
1997
- UNE MINUTE DE SILENCE Florent Emilio SIRI
Prix Cyril Collard 1999
- DÉJÀ MORT Olivier DAHAN
1995
- LA FILLE SEULE Benoit JACQUOT
- LES VOLEURS André TÉCHINÉ
Prix Michel Simon au Festival Les Acteurs à L'Écran 1997
Nomination aux Césars du Meilleur Espoir Masculin 1997
1994
- LA HAINE Mathieu KASSOVITZ
1992
- LE CAHIER VOLÉ Christine LIPINSKA
1991
- TOUTES PEINES CONFONDUES Michel DEVILLE
- LES ANNÉES CAMPAGNE Philippe LERICHE
1988
- PAPA EST PARTI... MAMAN AUSSI Christine LIPINSKA
1987 LA VIE EST UN LONG FLEUVE TRANQUILLE Etienne CHATILIEZ
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