Résumé détaillé
: Un adolescent, Alejandro, vit depuis toujours dans La Zona,
une cité résidentielle aisée au cœur de Mexico,
entourée de murs imposants et protégée par un service
de sécurité privé. Une nuit, trois adolescents
des quartiers pauvres voisins pénètrent dans l’enceinte
de La Zona et s'introduisent par effraction dans une des maisons. Mais
le cambriolage tourne mal : la propriétaire, une vieille femme,
est tuée, et sa domestique, qui parvient à fuir les lieux,
prévient la sécurité. Les vigiles interviennent
avec rapidité et brutalité : deux des jeunes intrus sont
abattus. Le troisième, Miguel, s’échappe, en s’enfonçant
encore davantage au cœur de La Zona. Un groupe de résidents
se réunit alors dans la maison des parents d’Alejandro
; ils prennent rapidement la décision de cacher l’incident
aux autorités, de traquer l’intrus eux-mêmes et de
rendre ainsi leur propre justice. La chasse à l’homme commence.
Les résidents de La Zona - parents et enfants confondus - sont
emportés dans un tourbillon frénétique où
se mêlent peur, folie et flambée de violence. Ceux qui
marquent leur désaccord sont d’abord traités avec
suspicion, puis avec une hostilité ouverte. Lorsqu’Alejandro
tombe par hasard sur Miguel, réfugié dans la cave de sa
maison, il ne peut se résoudre à livrer l’adolescent
terrifié. Parallèlement, la police, avertie par une dénonciation,
commence à mener l’enquête sur la disparition des
adolescents, mais se heurte au manque de collaboration des résidents.
Alors qu’un vent grandissant de paranoïa souffle sur La Zona,
Miguel jure à Alejandro qu’il n’a jamais tué
personne, et, contre toute attente, une complicité se noue entre
les deux garçons. Désorienté et déchiré
entre ses convictions et l’attitude de sa famille, Alejandro décide
de l’aider à s’enfuir. Mais l’étau s’est
déjà dangereusement resserré...
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Note d'intention du réalisateur :
La Zona parle d’une société déchirée,
divisée en deux mondes qui se craignent et se haïssent.
Que faire lorsque l’inefficacité et la corruption des autorités
nous laissent sans protection ? Que faire dans un monde où une
minorité est effrontément riche et la majorité,
désespérément pauvre ? Que faire face à
la terreur d’une personne qui s’isole derrière un
mur, et face à la rancœur de celle qui vit de l’autre
côté ? La Zonaalerte le public sur les dérives d’un
mode de vie dont les contours se précisent chaque jour davantage.
En s’entourant eux-mêmes de murs, les résidents de
La Zona interdisent à d’autres d’entrer, sans se
rendre compte que ces murs symbolisent leur propre emprisonnement. Au
nom de leur protection, ils aliènent leur droit essentiel à
l’intimité, une intimité qui se voit sacrifiée
au profit d’un système de surveillance vidéo qui
les contrôle tous. C’est un prix trop cher à payer
en échange d’une sécurité qui ne peut jamais
être totalement garantie. Quelles que soient la grandeur de la
forteresse et la hauteur des murs, tant que des inégalités
choquantes perdureront, il y aura toujours quelqu’un pour franchir
le mur. C’était vital pour moi d’utiliser les images
des caméras en circuit fermé, afin de renforcer cette
atmosphère suintante de paranoïa. C’est justement
cette paranoïa qui pousse les résidents de La Zona à
adopter ce comportement de masse qui étouffe la moindre action
susceptible de contredire la majorité. L’histoire du film
se déroule à travers les yeux d’un jeune garçon,
Alejandro, qui habite dans La Zona, et qui va découvrir un monde
plus vaste que celui, artificiel et rassurant, dans lequel il a toujours
évolué. La violente succession d’événements
qui se déroule dans La Zona et la relation qu’il noue avec
le jeune cambrioleur l’obligent à remettre en question
toutes ses certitudes. Déchiré entre le camp des résidents
et celui des intrus, Alejandro va finir par se faire sa propre idée
de la justice : « Il devrait exister une forme de justice qui
nous protège tous sans nous rendre ennemis, sans laisser la haine
et la misère se dresser entre nous. » L’un des thèmes
majeurs du film est que la loi devrait avoir pour but d’instaurer
une coexistence pacifique au sein d’une société,
et que même un criminel a droit à un cadre judiciaire qui
décide de son châtiment.
La Zona,le lieu de tous les dangers
La Zona est un personnage à part entière, c’est
même le personnage phare de l’histoire. L’immersion
dans ces univers clos gouvernés par la peur est passionnante
: ils finissent par inventer leurs propres règles, au mépris
de la loi qui s’impose à tous. Dans ce genre de système,
les valeurs morales de respect et de coexistence dégénèrent
graduellement pour aboutir à un comportement primitif, où
« l’autre », le voleur, l’étranger, n’est
plus considéré comme une personne mais comme un simple
ennemi à abattre. J’ai aussi voulu organiser la structure
du récit à la manière d’un film choral, où
chaque personnage trouve sa voix dans la partition et contribue à
la polyphonie que représente La Zona. J’envisage cette
Zona comme un organisme à part entière qui se nourrit
de lui-même, et qui, à travers son incapacité à
détecter ses contradictions et ses défauts, sème
les graines de sa propre autodestruction.
RODRIGO PLA
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Entretien avec le réalisateur et la co-scénariste
(extrait)
D’où vient l’idée
originale du scénario : une angoisse personnelle quant au futur,
le constat que vous faites aujourd’hui des sociétés
modernes, un pur plaisir de fiction ?
Le scénario est l’adaptation d’un
conte du même nom qu’a écrit Laura Santullo, mon
épouse et co-scénariste. L’histoire est née,
effectivement, d’une préoccupation liée à
la situation actuelle du Mexique mais aussi à la polarisation
sociale qui s’aggrave dans le monde entier. Mais plutôt
que montrer la réalité brute, telle qu’elle existe,
nous avons préféré réfléchir au sujet
à travers une fiction, tout en y intégrant des éléments
de l’actualité. Nous avons choisi de procéder ainsi,
parce que dans un monde de fiction nous avons la liberté de dépasser
les bornes et d’inventer,justement pour mettre l’accent
sur les choses qui nous préoccupent sans nous sentir obligés
de respecter au plus près la réalité.
Est-ce que vous pensez que La Zonapeut avoir le même impact
sur un public qui ne vit pas dans un pays aussi marqué par l’insécurité,
la pauvreté et la corruption que le Mexique ?
Nous pensons que le monde entier, et pas seulement
le Mexique, est touché par l’insécurité,
la pauvreté et la corruption ; l’intérêt que
ces sujets peuvent susciter ne dépend pas non plus du lieu géographique
où l’on vit, mais du désir de chacun d’observer
ce qui l’entoure. Si on prend l’exemple de certains des
vêtements que nous portons, ils sont façonnés par
des multinationales qui recourent au travail bon marché des enfants
dans les pays en voie de développement. Cela peut vous importer
ou non, c’est une question de choix personnel : se sentir proche
ou loin des malheurs qui affligent le monde. Nous avons aussi envie
de penser que le mur qui encadre La Zona. est une métaphore de
ces autres murs, bien réels, qui s’élèvent
de tous côtés pour séparer, pour enfermer, pour
diviser, pour empêcher de passer. Ces murs donnent la dimension
exacte de l’incapacité de l’être humain à
résoudre ses problèmes : plus ils sont hauts et grands,
plus ils reflètent la stupidité et l’intolérance
des hommes.
Êtes-vous d’accord pour dire que La Zonaest un film
politiquement et/ou socialement
engagé ?
Dire d’un film qu’il est « politiquement
engagé » peut le faire passer comme donneur de leçons
et moraliste, ce qui n’est pas le cas de La Zona. C’est
plus intéressant pour nous de partager une interrogation que
d’asséner une réponse. Mais, si par engagement,
on entend l’honnêteté envers soi-même et ses
idées, la réponse est « oui ».
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CRITIQUE
L'humanité, 26 mars 2008 :
(Extrait)
"Après deux courts métrages primés ici et
là, le jeune Rodrigo Pla n’a pas eu à chercher très
loin son modèle pour son premier long, prix Luigi de Laurentiis
(l’équivalent de la caméra d’or à Cannes)
à Venise et de la critique internationale à Toronto. La
référence est bien évidemment Los Olvidados, de
Luis Buñuel, sans doute le plus beau film jamais consacré
aux gamins des rues. Buñuel a tourné à Mexico en
1950, Pla filme en 2007, mais l’unique changement entre les deux
films est que les résidences des nantis sont désormais
hermétiquement closes et que leurs gardiens ont la gâchette
facile. Pour le reste, peau de balle.
De balles, il va justement être question ici. Entre milices armées
pratiquant l’autodéfense au mépris de la loi, police
corrompue mais pas toujours et gosses promis au tir au pigeon, il va
y avoir de la viande froide dans l’air. D’une indéniable
efficacité dans son réalisme cru, le film glace le sang.
Ne justifiant pas (mais - comprenant) les actes délictueux des
mômes, pourfendant le comportement d’une élite financière
qui a, théoriquement, pour elle l’éducation et la
morale, Rodrigo Pla renvoie en un smash foudroyant la violence au Mexique
à ses causes sociales. Du cinéma comme on l’aime."
Jean Roy
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