LA ZONA

De Rodrigo Pla
Avec Daniel Gimenez Cacho, Carlos Bardem, Maribel Verdu
Thriller, 2007, Esp, 98’, VO st bil
Paradiso

Synopsis : Mexico. Trois adolescents des quartiers pauvres pénètrent dans l'enceinte de La Zona, une cité résidentielle aisée, entourée de murs et protégée par un service de sécurité privé. Ils s'introduisent dans l'une des maisons, mais le cambriolage tourne mal. Plutôt que de prévenir les autorités, les résidents décident de se faire justice eux-mêmes. Une chasse à l'homme sans pitié commence...

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Bande-annonce :

 

 

Extrait du film :

 

 

   

 

Résumé détaillé : Un adolescent, Alejandro, vit depuis toujours dans La Zona, une cité résidentielle aisée au cœur de Mexico, entourée de murs imposants et protégée par un service de sécurité privé. Une nuit, trois adolescents des quartiers pauvres voisins pénètrent dans l’enceinte de La Zona et s'introduisent par effraction dans une des maisons. Mais le cambriolage tourne mal : la propriétaire, une vieille femme, est tuée, et sa domestique, qui parvient à fuir les lieux, prévient la sécurité. Les vigiles interviennent avec rapidité et brutalité : deux des jeunes intrus sont abattus. Le troisième, Miguel, s’échappe, en s’enfonçant encore davantage au cœur de La Zona. Un groupe de résidents se réunit alors dans la maison des parents d’Alejandro ; ils prennent rapidement la décision de cacher l’incident aux autorités, de traquer l’intrus eux-mêmes et de rendre ainsi leur propre justice. La chasse à l’homme commence. Les résidents de La Zona - parents et enfants confondus - sont emportés dans un tourbillon frénétique où se mêlent peur, folie et flambée de violence. Ceux qui marquent leur désaccord sont d’abord traités avec suspicion, puis avec une hostilité ouverte. Lorsqu’Alejandro tombe par hasard sur Miguel, réfugié dans la cave de sa maison, il ne peut se résoudre à livrer l’adolescent terrifié. Parallèlement, la police, avertie par une dénonciation, commence à mener l’enquête sur la disparition des adolescents, mais se heurte au manque de collaboration des résidents. Alors qu’un vent grandissant de paranoïa souffle sur La Zona, Miguel jure à Alejandro qu’il n’a jamais tué personne, et, contre toute attente, une complicité se noue entre les deux garçons. Désorienté et déchiré entre ses convictions et l’attitude de sa famille, Alejandro décide de l’aider à s’enfuir. Mais l’étau s’est déjà dangereusement resserré...

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Note d'intention du réalisateur :

La Zona parle d’une société déchirée, divisée en deux mondes qui se craignent et se haïssent. Que faire lorsque l’inefficacité et la corruption des autorités nous laissent sans protection ? Que faire dans un monde où une minorité est effrontément riche et la majorité, désespérément pauvre ? Que faire face à la terreur d’une personne qui s’isole derrière un mur, et face à la rancœur de celle qui vit de l’autre côté ? La Zonaalerte le public sur les dérives d’un mode de vie dont les contours se précisent chaque jour davantage. En s’entourant eux-mêmes de murs, les résidents de La Zona interdisent à d’autres d’entrer, sans se rendre compte que ces murs symbolisent leur propre emprisonnement. Au nom de leur protection, ils aliènent leur droit essentiel à l’intimité, une intimité qui se voit sacrifiée au profit d’un système de surveillance vidéo qui les contrôle tous. C’est un prix trop cher à payer en échange d’une sécurité qui ne peut jamais être totalement garantie. Quelles que soient la grandeur de la forteresse et la hauteur des murs, tant que des inégalités choquantes perdureront, il y aura toujours quelqu’un pour franchir le mur. C’était vital pour moi d’utiliser les images des caméras en circuit fermé, afin de renforcer cette atmosphère suintante de paranoïa. C’est justement cette paranoïa qui pousse les résidents de La Zona à adopter ce comportement de masse qui étouffe la moindre action susceptible de contredire la majorité. L’histoire du film se déroule à travers les yeux d’un jeune garçon, Alejandro, qui habite dans La Zona, et qui va découvrir un monde plus vaste que celui, artificiel et rassurant, dans lequel il a toujours évolué. La violente succession d’événements qui se déroule dans La Zona et la relation qu’il noue avec le jeune cambrioleur l’obligent à remettre en question toutes ses certitudes. Déchiré entre le camp des résidents et celui des intrus, Alejandro va finir par se faire sa propre idée de la justice : « Il devrait exister une forme de justice qui nous protège tous sans nous rendre ennemis, sans laisser la haine et la misère se dresser entre nous. » L’un des thèmes majeurs du film est que la loi devrait avoir pour but d’instaurer une coexistence pacifique au sein d’une société, et que même un criminel a droit à un cadre judiciaire qui décide de son châtiment.

La Zona,le lieu de tous les dangers
La Zona est un personnage à part entière, c’est même le personnage phare de l’histoire. L’immersion dans ces univers clos gouvernés par la peur est passionnante : ils finissent par inventer leurs propres règles, au mépris de la loi qui s’impose à tous. Dans ce genre de système, les valeurs morales de respect et de coexistence dégénèrent graduellement pour aboutir à un comportement primitif, où « l’autre », le voleur, l’étranger, n’est plus considéré comme une personne mais comme un simple ennemi à abattre. J’ai aussi voulu organiser la structure du récit à la manière d’un film choral, où chaque personnage trouve sa voix dans la partition et contribue à la polyphonie que représente La Zona. J’envisage cette Zona comme un organisme à part entière qui se nourrit de lui-même, et qui, à travers son incapacité à détecter ses contradictions et ses défauts, sème les graines de sa propre autodestruction.
RODRIGO PLA

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Entretien avec le réalisateur et la co-scénariste (extrait)

D’où vient l’idée originale du scénario : une angoisse personnelle quant au futur, le constat que vous faites aujourd’hui des sociétés modernes, un pur plaisir de fiction ?

Le scénario est l’adaptation d’un conte du même nom qu’a écrit Laura Santullo, mon épouse et co-scénariste. L’histoire est née, effectivement, d’une préoccupation liée à la situation actuelle du Mexique mais aussi à la polarisation sociale qui s’aggrave dans le monde entier. Mais plutôt que montrer la réalité brute, telle qu’elle existe, nous avons préféré réfléchir au sujet à travers une fiction, tout en y intégrant des éléments de l’actualité. Nous avons choisi de procéder ainsi, parce que dans un monde de fiction nous avons la liberté de dépasser les bornes et d’inventer,justement pour mettre l’accent sur les choses qui nous préoccupent sans nous sentir obligés de respecter au plus près la réalité.


Est-ce que vous pensez que La Zonapeut avoir le même impact sur un public qui ne vit pas dans un pays aussi marqué par l’insécurité, la pauvreté et la corruption que le Mexique ?

Nous pensons que le monde entier, et pas seulement le Mexique, est touché par l’insécurité, la pauvreté et la corruption ; l’intérêt que ces sujets peuvent susciter ne dépend pas non plus du lieu géographique où l’on vit, mais du désir de chacun d’observer ce qui l’entoure. Si on prend l’exemple de certains des vêtements que nous portons, ils sont façonnés par des multinationales qui recourent au travail bon marché des enfants dans les pays en voie de développement. Cela peut vous importer ou non, c’est une question de choix personnel : se sentir proche ou loin des malheurs qui affligent le monde. Nous avons aussi envie de penser que le mur qui encadre La Zona. est une métaphore de ces autres murs, bien réels, qui s’élèvent de tous côtés pour séparer, pour enfermer, pour diviser, pour empêcher de passer. Ces murs donnent la dimension exacte de l’incapacité de l’être humain à résoudre ses problèmes : plus ils sont hauts et grands, plus ils reflètent la stupidité et l’intolérance des hommes.


Êtes-vous d’accord pour dire que La Zonaest un film politiquement et/ou socialement
engagé ?

Dire d’un film qu’il est « politiquement engagé » peut le faire passer comme donneur de leçons et moraliste, ce qui n’est pas le cas de La Zona. C’est plus intéressant pour nous de partager une interrogation que d’asséner une réponse. Mais, si par engagement, on entend l’honnêteté envers soi-même et ses idées, la réponse est « oui ».

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CRITIQUE

L'humanité, 26 mars 2008 :

(Extrait)
"Après deux courts métrages primés ici et là, le jeune Rodrigo Pla n’a pas eu à chercher très loin son modèle pour son premier long, prix Luigi de Laurentiis (l’équivalent de la caméra d’or à Cannes) à Venise et de la critique internationale à Toronto. La référence est bien évidemment Los Olvidados, de Luis Buñuel, sans doute le plus beau film jamais consacré aux gamins des rues. Buñuel a tourné à Mexico en 1950, Pla filme en 2007, mais l’unique changement entre les deux films est que les résidences des nantis sont désormais hermétiquement closes et que leurs gardiens ont la gâchette facile. Pour le reste, peau de balle.
De balles, il va justement être question ici. Entre milices armées pratiquant l’autodéfense au mépris de la loi, police corrompue mais pas toujours et gosses promis au tir au pigeon, il va y avoir de la viande froide dans l’air. D’une indéniable efficacité dans son réalisme cru, le film glace le sang. Ne justifiant pas (mais - comprenant) les actes délictueux des mômes, pourfendant le comportement d’une élite financière qui a, théoriquement, pour elle l’éducation et la morale, Rodrigo Pla renvoie en un smash foudroyant la violence au Mexique à ses causes sociales. Du cinéma comme on l’aime.
"
Jean Roy